Samedi 31 octobre 2009
Pourquoi Israël perd les guerres militaires et médiatiques, Daniel Greenfield
A intervalles réguliers, des hommes politiques désorientés et d’autres
responsables dépassés organisent des conférences afin d’essayer de
comprendre pourquoi la Hasbara ne réussit pas et pourquoi Israël ne
parvient pas à faire entendre son point de vue. Comme toujours, on leur
suggère de recourir davantage aux cabinets de conseil en relations
publiques, de trouver des manières innovantes de faire passer leur
message, d’utiliser l’Internet de façon plus astucieuse, et, bien sûr,
cette éternelle tarte à la crème : présenter une nouvelle image
d’Israël. Naturellement, ils suivent ce conseil, mais avec pour seul
résultat d’organiser une nouvelle conférence un an plus tard, afin
d’essayer de comprendre pourquoi rien n’a changé.
La réponse est assez simple. Une opération de relations publiques pour
se défendre, c’est comme une guerre défensive, ce n’est jamais
efficace. Or, dans les relations publiques comme sur le champ de
bataille, cela fait maintenant plusieurs décennies que les Israéliens
sont sur la défensive. Résumé en une seule phrase, le message d’Israël
donne ceci : « Nous n’avons rien fait de ce dont on nous accuse ».
C’est le genre de message qu’on s’attend à entendre dans la bouche
d’accusés lors d’un procès pénal, et c’est le genre de message qui
n’impressionne personne. Son seul effet est de susciter un débat sur la
validité des accusations mêmes, soit l’équivalent, en termes de
relations publiques, de ce qu’a été Stalingrad pour le front russe.
La récente affaire Aftonbladet [1] est l’exemple même d’un scénario démontrant que la stratégie défensive d’Israël en matière de relations publiques est vouée à l’échec, encore et toujours. Le tabloïd suédois, Aftonbladet, a publié un article dont l’auteur prétendait que des soldats israéliens tuaient des Arabes palestiniens pour prendre leurs organes. Le
gouvernement israélien a déclaré que cet article ne présentait aucune
preuve, que rien de tel ne s’était jamais produit, et il a exigé un
démenti du journal et sa condamnation par le gouvernement suédois. Le
seul résultat qu’Israël ait obtenu a été de faire connaître au monde
cette fausse allégation et de susciter ainsi un débat sur le point de
savoir si les soldats israéliens tuaient ou non des Arabes palestiniens
pour s’emparer de leurs organes. Il ne restait plus à l’auteur de
l’article, ravi de sa notoriété toute fraîche, qu’à aller plus loin
encore dans ses allégations [2]
et à entreprendre une tournée dans le monde arabe. Quant aux
propagandistes gauchistes, ils ne peuvent que rire de la tournure prise
par les événements, car, une fois de plus, Israël s’est fait pigeonner
en entrant dans le jeu, perdu d’avance, de s’expliquer publiquement en
position défensive.
Toute guerre défensive est une réaction passive. Depuis vingt ou trente ans,
Israël s’épuise à ne faire que réagir. Par réagir, je veux dire
qu’Israël continue à répondre aux attaques dont il est l’objet au lieu
de reprendre l’offensive. Lors de la guerre des Six-Jours, Israël avait
réagi au plan d’attaque de Nasser en le devançant et en passant à
l’offensive. Résultat : Israël a connu son heure de gloire. Lors de la
guerre du Kippour, Israël a attendu passivement, et il a failli être
détruit.
Peut de pays peuvent se permettre de se limiter à réagir et à se défendre, et Israël moins que tout autre, car il est dépassé en nombre par des ennemis plus grands et plus nombreux qui peuvent l’avoir à l’usure en recourant simplement à la
force brute. Et c’est exactement ce qui se passe, aussi bien dans les
médias que sur le champ de bataille. La campagne de terrorisme
planifiée, financée et menée d’abord par l’URSS, puis par le monde
arabo-musulman, a laminé Israël, militairement et politiquement.
Les plus grandes ressources d’Israël étaient sa capacité d’innovation, sa
mobilité et son génie, des qualités exploitables surtout dans une
offensive. Mais Israël est resté sur la défensive, ne cessant de battre
en retraite, d’abandonner le territoire physique et idéologique à ses
ennemis, tout en se demandant combien il devait céder encore pour
arrêter l’hémorragie, ce qui est précisément le type de réaction qui ne
peut que l’acculer encore davantage à la défensive.
Israël veut une solution au conflit. C’est aussi ce que veulent ses ennemis,
tant dans le monde musulman qu’à gauche et à l’extrême droite. Une
solution finale. Chaque tentative d’Israël de proposer une solution n’a
abouti qu’à le rapprocher de cette solution finale. Plus Israël a voulu
montrer sa bonne volonté, plus il s’est trouvé acculé à la défensive.
L’objectif des gouvernements israéliens successifs n’est plus d’être
une grande nation ni une nation forte, mais d’être une nation qui
plaise à tout le monde.
Le problème, c’est que "tout le monde", c’est un milliard de musulmans et
un nombre important de gauchistes qui considèrent l’existence même
d’Israël comme une offense à leurs convictions profondes. Et puis, il y
a les intérêts commerciaux des Occidentaux, qui croient que les Arabes
seraient bien plus aimables avec eux s’il n’y avait pas Israël entre
eux. Et la Russie, qui entretient des guerres au Moyen-Orient comme un
jardinier entretient ses fleurs. Enfin, il y a le reste du monde, qui
n’est pas trop porté à embrasser la cause de perdants qui ne cessent de
s’excuser d’exister et coupent leur pays en morceaux pour gagner la
faveur de terroristes qui tentent de les faire disparaître de la
surface de la terre.
Pour résumer le problème en termes simples, plus Israël se met sur ladéfensive, plus il s’affaiblit, non seulement sur le plan militaire,
mais aussi sur le plan politique. Les conflits de réaction sont
extrêmement épuisants. Ils obligent à veiller constamment à
l’éventualité d’attaques, puis à s’efforcer de les contrer. Dans ce
genre de scénario, l’avantage est toujours à l’attaquant, qui dispose
de plus de temps pour préparer son offensive, et de plus d’espace pour
se retirer en cas d’échec.
Frapper et disparaître dans le désert, puis frapper à nouveau, telle était la
stratégie classique de pillage des brigands arabes, parmi lesquels un
charmant coupeur de têtes nommé Mohammed. Au temps du Mandat
britannique, le général anglais Orde Wingate, qui devait jouer un grand
rôle dans l’élaboration de la doctrine des futures forces de défense
israéliennes, répondait à ces attaques en allant combattre l’ennemi
avec de petites unités mobiles et rapides et garder ainsi l’initiative
de l’offensive.
Le passage suivant, tiré du site officiel consacré à Wingate, explique cela très bien :
Bien qu’impressionné par le dévouement et l’esprit de sacrifice qui
régnaient au sein de la Haganah, Wingate était exaspéré par le
caractère défensif des forces juives. Il se rendait compte qu’elles ne
pourraient pas stopper la violence avec leurs tactiques défensives et
leurs fortifications. Par sa politique de modération, la Haganah
abandonnait l’initiative et la mobilité aux combattants arabes.
Les Britanniques essayaient de compenser cela par une défense active avec
des opérations mobiles de ratissage et de frappe, et le maintien
d’importantes positions statiques pour conserver un contrôle
gouvernemental efficace. Des colonnes mobiles et des patrouilles
étaient envoyées pour traquer les rebelles partout où ils se terraient.
Les mouvements et les actions des Britanniques sont cependant devenus
répétitifs et réguliers. Avec un ennemi souvent impossible à distinguer
de sa base de civils et des troupes souvent stationnées près des zones
arabes peuplées de civils, "il était difficile de garder secrètes des
opérations menées dans un milieu largement hostile, si bien que
l’élément de surprise était perdu ; en même temps, obtenir une
information fiable sur l’ennemi était difficilement possible."
A propos d’une importante intervention des forces britanniques, un responsable juif fit ce commentaire :
« Ils franchissaient les collines et les vallées, et apparaissaient
finalement avec quelques pistolets turcs rouillés et quelques
cartouches vides [...] Les bandits arabes n’avaient qu’à dissimuler
leurs armes et se mêler à la population des villages. Non seulement la
formidable armée britannique ne trouvait absolument rien, mais elle se
discréditait et se ridiculisait aux yeux de toute la population. »
En 1938, le général Archibald Wavell, commandant intérimaire des forces britanniques en Palestine, fut obligé de reconnaître que de telles actions, de même que les bombardements aériens, avaient seulement « un effet temporaire ».
Wingate envisageait de petites unités mobiles de volontaires triés sur le volet, qui combattraient de façon agressive et non conventionnelle [...]
« Il n’existe qu’un moyen d’affronter cette situation : c’est de convaincre
ces bandes qu’avec leurs raids crapuleux, ils ont toutes les chances de
se retrouver face à une coalition étatique déterminée à les détruire,
non par des échanges de coups de feu, tirés à distance, mais par un
assaut physique avec des baïonnettes et des bombes. »
La nouvelle unité devait porter la guerre chez l’ennemi, lui ôter l’initiative et le déstabiliser. Il s’agissait donc de « créer dans leur esprit la conviction que les forces gouvernementales agiraient la nuit et sauraient les surprendre dans les villages ou dans la campagne ».
Ce serait une force constituée de Britanniques et de Juifs agissant sous son commandement et se déplaçant principalement la nuit dans les zones de combats, forte des alliés de la nuit : la tromperie, la surprise, le choc.
Depuis, Israël a oublié les leçons de Wingate qui avaient permis à Tsahal de
devenir cette force redoutable qu’elle était. Israël en est revenu aux
fortifications et aux sentinelles... et au modèle des troupes d’assaut
britanniques qui accomplissaient dans le désert des démonstrations de
force aussi spectaculaires que totalement inutiles. Et cela est vrai
non seulement d’Israël, mais également des États-Unis depuis 2004.
Avec des tactiques défensives, on ne peut pas gagner. On ne peut que perdreson sang. Et Israël perd cruellement son sang. Ce pays qui avait réussi
Entebbe, qui était allé sauver des otages sur un autre continent, n’est
même plus capable de sauver un seul de ses soldats retenu en captivité
à l’intérieur de ses propres frontières. Ce pays, autrefois salué comme
un symbole de résurrection, a été diabolisé dans le monde entier. Et le
pire, dans tout cela, c’est qu’Israël est resté passif et a laissé
faire.
Israël est trop petit pour pouvoir continuer de perdre son sang indéfiniment.
Ses soldats et sa population n’en peuvent plus de devoir toujours être
sur le qui-vive et attendre continuellement d’être attaqués. Ses
citoyens et ses défenseurs dans le monde entier se lassent de devoir
répondre à des accusations toujours plus grotesques. Cela ne peut pas
durer éternellement. Les dirigeants israéliens l’ont compris, mais ils
n’en ont pas tiré les bonnes leçons et ont décidé d’aller encore plus
loin dans la défensive en négociant avec l’ennemi. Ils se sont trompés.
Lourdement.
Pour survivre face à des ennemis plus grands que lui, un petit pays doit
être prompt à l’attaque, il doit être craint, il doit jouer sur l’effet
de surprise et cultiver sa réputation d’avoir des capacités
surhumaines. Israël a été comme cela autrefois. Maintenant, il n’en
reste plus rien. Mais s’il veut survivre, il faut qu’il retrouve toutes
ces caractéristiques.
Le problème d’Israël, ce n’est pas le terrorisme mais la défensive. Israël
possède la capacité de détruire toute organisation terroriste à
l’intérieur de ses frontières en l’espace d’un mois. Israël n’a pas
vraiment un problème de relations publiques. Son problème provient d’un
conflit continuel avec des organisations terroristes qui ont de
nombreux sympathisants à l’étranger. Qu’il détruise les organisations
terroristes, qu’il reprenne le contrôle des territoires contestés, et
ce problème de relations publiques ne sera plus qu’une fraction de ce
qu’il était. Plus important : le problème perdra sa signification.
La guerre médiatique contre Israël, la guerre juridique et les diverses
autres formes de guerre asymétrique nécessitent un investissement en
ressources. Pour qu’il soit intéressant d’investir dans ces ressources,
il faut que ce soit visiblement payant. Plus Israël reste sur la
défensive, plus ses ennemis obtiennent des gains territoriaux et
politiques, et plus ces tactiques semblent payantes. Inversons ce
scénario, et ces ressources seront réinvesties ailleurs, faute de
produire des résultats tangibles.
Il a été démontré que les techniques utilisées par Israël contre le
terrorisme ne changeaient pas grand-chose à la manière dont il était
diabolisé. Que les tanks israéliens fracassent l’enceinte d’Arafat, ou
qu’Israël construise une clôture frontalière défensive et non-violente,
il est toujours diabolisé de la même manière. Il en est ainsi parce que
la diabolisation n’est pas une réponse morale à une politique
particulière, mais un état d’hostilité permanent dirigé contre Israël
pour soutenir les terroristes musulmans et marxistes. Le seul moyen de
mettre fin à cette diabolisation consiste à supprimer sa motivation,
c’est-à-dire à supprimer les terroristes.
Les accords d’Oslo n’ont nullement atténué la diabolisation d’Israël dansle monde. Au contraire, après une brève lune de miel, ils l’ont
aggravée de façon significative. En effet, on se rapprochait du but
recherché. C’est que plus Israël faisait de compromis, et plus sa
position au plan international se détériorait. En faisant des
compromis, Israël montrait sa faiblesse à ses ennemis comme à ses
alliés, si bien qu’il encourageait les premiers et qu’il amenait les
derniers à réévaluer sa capacité de survie. Plus Israël a
été sur la défensive, plus le terrorisme et la diabolisation d’Israël
sont devenus terribles. C’est tout à fait naturel. Quand on bat en
retraite, le feu de l’ennemi n’en devient que plus nourri.
Pour beaucoup de Juifs, d’Israéliens et de sympathisants, qui voient en
Israël une nation luttant contre la terreur marxiste et islamiste, le
problème semble impossible à résoudre. Politiquement et militairement,
la situation est un nœud gordien, fait de complexités enchevêtrées. Il
faudrait un Alexandre ou un Wingate pour trancher ce nœud. Les
problèmes que rencontre Israël sur le plan médiatique et sur le plan
militaire trouvent leur origine dans une stratégie défensive suite à
laquelle le pays s’est retrouvé pris dans ce nœud gordien. Pour
survivre, Israël doit prendre l’offensive, trancher le nœud et assurer
son propre salut, ou périr étouffé par ce nœud dans lequel ses ennemis
l’ont enserré.
Daniel Greenfield
© Sultan Knish
http://www.upjf.org/actualitees-upjf/article-17361-145-7-israel-perd-guerres-militaires-mediatiques-daniel-greenfield.html#
Blogue d´origine Sultan Knish, 22 septembre 2009
Texte original anglais : Why Israel is Losing the Military and Media Wars
Traduction française : Marcoroz, pour upjf.org









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